Clarisse Castan

L’authenticité aveyronnaise au service des stars

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27.04.2026
Clarisse Castan

Du village de Montlaur aux sommets du groupe Accor, de l’ombre des stades à la lumière d’une série Netflix, Clarisse Castan trace une carrière singulière.

On pourrait ne voir que les paillettes et la complicité avec les plus grandes stars mondiales. Mais derrière la réussite de Clarisse se cache une réalité bien plus brute, faite de « charbon » et de nuits blanches. Une obsession : réussir sans écraser et rester soi-même.

Aujourd’hui entrepreneure avec son agence Ginger & Limón, elle n’oublie rien de ses racines. Marquée par le parcours hospitalier de sa sœur, elle s’investit dans l’humanitaire, tout en gardant un lien indéfectible avec sa terre natale, l’Aveyron. Un retour aux sources qu’elle concrétise aujourd’hui en accompagnant la programmation du festival F’Estivada à Rodez. Entretien avec une entrepreneure aveyronnaise qui a su transformer sa passion en un business de haute précision, sans jamais lâcher ses engagements.

Comment passe-t-on de l’Aveyron à la gestion de personnalités internationales ? Tu as fait une école de commerce, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je suis partie à 17 ans de chez moi pour intégrer une école de commerce à Toulouse, ensuite je me suis rendue à Dublin et Barcelone mais j’étais obsédée par Paris et je voulais absolument intégrer un grand groupe. J’ai donc rejoint le Groupe Accor, où je suis restée 7 ans. Je suis entrée par la toute petite porte, en tant que junior…

Tu as commencé par un stage ?

J’ai envoyé 150 CV ! J’ai fini par trouver un poste, très compliqué de décrocher mon job. Je suis entrée chez Accor en junior. C’est un groupe avec plus de 5 300 hôtels dans 110 pays et 42 marques : un énorme paquebot de 300 000 employés. Pour payer mon loyer, j’étais logée au Foyer des Aveyronnais dans le 12e, je faisais du call center le soir dans la finance. La nuit, je faisais des inventaires en supermarché, et le week-end, je travaillais dans un restaurant aveyronnais.

Tu as fait ça longtemps ?

Non, seulement les premières années. Ensuite, j’ai été intégrée à des projets plus importants. Je me suis retrouvée à travailler dans l’événementiel, puis je suis devenue Directrice de Cabinet. Ça a été un tournant incroyable dans ma carrière : à 23 ans, je me suis retrouvée entourée de personnes issues de l’ENA ou de Sciences Po. J’ai énormément appris !

Quand tu es devenue Directrice de Cabinet, tu représentais le groupe entier ?

Je travaillais avec un membre du comité exécutif et le président du groupe. J’étais au siège mondial et je gérais de nombreux sujets, notamment la marque ALL (Accor Live Limitless). J’ai surtout piloté le partenariat avec le PSG. C’est là que j’ai commencé à rencontrer des célébrités. C’était l’époque de Kylian Mbappé, Neymar et Messi. J’ai notamment géré l’arrivée de Messi à Paris.

Ensuite, il y a eu le Covid. Je gérais des sujets moins « sexy », comme la mise au chômage partiel des équipes. C’était plus difficile pour moi. On a lancé une grande campagne sur les réseaux sociaux qui a explosé : je réalisais des interviews avec des célébrités, comme un cours de sport avec Teddy Riner, et ça a cartonné. Après le Covid, le Groupe m’a confié un département où jusqu’à mes 29 ans, j’ai géré toute la communication créant ainsi un pôle Célébrités au niveau mondial.

Parallèlement à cette vie trépidante, je suis engagée auprès d’associations depuis mon adolescence. J’ai toujours voulu contribuer à faire évoluer le regard sur la maladie. J’ai travaillé avec Nicolas Rossignol pour « Tout le monde contre le cancer », j’ai donné des cours de tennis à des enfants trisomiques… À Paris, je me suis investie auprès des associations « Aïda », qui aide les enfants atteints de cancer, et « 7 Sommets Contre La Maladie ». Cet engagement vient notamment du fait que ma sœur a eu un syndrome néphrotique : elle a dû subir de nombreuses journées d’hospitalisation. Nous avons pris conscience rapidement de la difficulté de grandir dans ces conditions.

Fin 2022, je suis partie faire de l’humanitaire au Togo. Pendant mes congés, sur place, je me suis retrouvée dans un hôpital sans eau ni électricité, où nous dormions par terre. Ça change de mon quotidien en hôtel 5 étoiles ! Ça a été un vrai tournant. Là-bas, tu remets ta vie en perspective. À ce moment-là, deux grands groupes me proposaient de les rejoindre, mais je n’avais plus la flamme.

Par ailleurs, de plus en plus de célébrités me sollicitaient pour travailler leur image. Je n’avais pas prévu de devenir entrepreneure mais l’idée a fait son chemin. Pourquoi ne pas m’installer ? J’ai annoncé à ma famille que je quittais mon travail pour monter mon agence. J’ai démissionné et, fait incroyable, le Groupe Accor est devenu mon premier client.

Tu as créé ton propre métier au fil des opportunités ?

Les choses se sont alignées. J’ai créé mon agence, Ginger & Limón, avec deux pôles : la gestion de marque (communication, événementiel) et la gestion de l’image des célébrités.

En proposant des services allant de l’image à la conciergerie ?

La conciergerie, nous la proposons parce qu’elle est nécessaire : une fois qu’une personnalité te fait confiance, elle te confie tout. Notre cœur de métier, c’est de générer du business pour ces célébrités : en faire des ambassadeurs, préparer leur après-carrière, créer des entreprises pour certains. Nous travaillons à 360°. Nous avons commencé par le sport, puis nous nous sommes développés dans le cinéma, l’humour, la mode et la musique.

En 2023, le grand public te découvre sur Netflix dans « Clarisse dans l’ombre des stars »

Oui. Mediawan et Netflix sont venus me voir assez rapidement. Ils m’avaient probablement repérée depuis un moment pour créer un programme centré sur moi. C’est une série documentaire de 10 épisodes. L’idée est de montrer les coulisses de mon travail, mais aussi mes origines : on y voit l’Aveyron, mes engagements associatifs… L’objectif est d’inspirer les jeunes et de donner de la visibilité aux associations. Si je peux montrer qu’on peut réaliser ses rêves, c’est important.

C’était surprenant de passer devant la caméra ?

C’est très étrange ! J’ai beaucoup plus d’exigence pour mes clients que pour moi-même… Mais comme c’était ma vraie vie, il fallait oublier les caméras pour rester authentique. Je m’y suis adaptée naturellement. Une saison 1 a été réalisée, des discussions sont en cours pour une saison 2, et j’ai un autre gros projet signé que je ne peux pas encore annoncer.

Tu es aussi impliquée cette année dans le festival F’Estivada à Rodez ?

Oui, cette année j’accompagne la programmation. Nous avons notamment fait venir : Sean Paul, Matt Pokora et Louane. C’est un vrai plaisir de contribuer à la visibilité de l’Aveyron. Ma sœur m’en a parlé, et c’est un peu comme un retour aux sources. L’objectif est de faire grandir le festival et renforcer le rayonnement de la ville.

Tu parles souvent de l’Aveyron. Que représente ce territoire pour toi ?

Je suis très fière d’être aveyronnaise. J’y ai grandi et je suis très attachée au moulin de Montlaur, la maison de mes arrière-grands-parents où mon père vit. C’est mon havre de paix.

Nous avons une forte culture du travail et de la solidarité. En revanche, je suis agacée par le manque de transports, notamment de trains ! Le désenclavement permettrait à tous ceux qui ne le connaissent pas de découvrir la richesse culturelle incroyable qui existe dans notre département.

Un conseil pour un(e) jeune aveyronnais(e) ?

On n’a qu’une vie : il faut vivre celle que l’on veut. L’entrepreneuriat est un univers à part mais je ne retournerais dans le salariat pour rien au monde. Attention aux illusions des réseaux sociaux, qui donnent l’impression que la vie des autres est meilleure. Je n’ai pas oublié mes débuts : faire des inventaires la nuit pendant que mes amis sortaient, ce n’était pas simple. Il faut rester fidèle à ses valeurs et oser prendre des risques !

Photos : Clarisse Castan – Ginger & Limón
Propos recueillis par Kevin Niloc
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